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Les Cités Obscures à la Maison d’Ailleurs

Au centre de la vieille ville d’Yverdon, la Maison d’Ailleurs propose une plongée dans l’œuvre Les Cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters, exposée pour la première fois dans un musée suisse. Œuvre classique et monumentale de la bande-dessinée franco-belge, Les Cités Obscures ne se limitent pas aux dix albums parus entre 1983 et 2009. Les deux auteurs ont en effet exploré la narration à travers une série de formats et de médiums : du guide de voyage au DVD et au recueil journalistique, leur univers est protéiforme. 

Mondes (im)parfaits invite le spectateur à retracer l’histoire littéraire de l’utopie et de la dystopie, qui sont à comprendre non pas comme des contraires, mais comme deux perspectives divergentes sur un même univers clos : utopique au spectateur extérieur, la cité parfaite se révèle dystopique à celui qui en est prisonnier. Selon Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, Peeters et Schuiten « sont ceux qui expriment le mieux, non pas l’utopie d’une part, ou la dystopie de l’autre, mais vraiment cette frontière, cette oscillation permanente ». Lors d’un entretien réalisé pour l’exposition, Peeters est revenu sur le grand mouvement qui caractérise le XXe siècle : les grandes visions utopiques, comme les complexes architecturaux imaginés par Le Corbusier, laissent place aux menaces dystopiques de la fin d’un siècle marquée par la chute du mur de Berlin et du régime communiste, les dangers nucléaires et la question brûlante de la pollution.

Les premières salles, riches en cartels explicatifs, retracent l’histoire et la théorie de ces deux topoi littéraires, qui remontent à la publication inaugurale de L’Utopie de Thomas More en 1516. D’une vitrine à l’autre, les premières salles présentent des titres clés de l’histoire littéraire, tirés des collections du musée – un défilé de couvertures qui plaira particulièrement aux connaisseurs. Le cœur de l’exposition se trouve dans les salles suivantes, toutes entières dédiées aux originaux de Schuiten. Au premier étage, dans une pièce plongée dans la pénombre, on découvre ses originaux, des grands formats réalisés à l’acrylique et au crayon. La mise en lumière contrastée des illustrations fait émerger des ténèbres un ange translucide en plein envol et des architectures de livres – frisson fantastique garanti.  

Aux œuvres grand format succèdent les planches originales de plusieurs bandes dessinées, dont Revoir Paris, une collaboration de 2014 et La Théorie du Grain de Sable, le cinquième album des Cités Obscures. Les auteurs avaient choisi de réaliser cet album en noir et blanc sur du papier argenté, de manière à faire ressortir vivement le blanc du sable et des pierres qui envahissent Brüsel, mais qui restent invisibles aux dirigeants. Pour l’exposition, c’est une expérience d’autant plus étonnante : la lumière s’évanouit à l’approche du spectateur pour révéler la phosphorescence du sable.

L’exposition réussit le pari de satisfaire autant les amateurs littéraires que les amateurs d’arts visuels : on se délecte de la technique méticuleuse et toute en transparence de l’artiste, et le film réalisé par Vladimir Peeters permet aux curieux d’appréhender les techniques et le temps investi par Schuiten dans la réalisation de l’affiche de l’exposition des Mondes (im)parfaits.

Une quantité de ressources supplémentaires, dont des articles académiques, des entretiens et des vidéos, sont disponibles sur le site www.altaplana.be, une encyclopédie dirigée par Joseph le Perdriel qui réunit toutes les ressources internet disponibles sur l’œuvre de Peeters et Schuiten. À bon entendeur !

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